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Fake News: pourquoi maintenant?

Par David Delmi pour bilan.ch

Selon Google Trends, le terme Fake News a explosé depuis Novembre 2016. Considérées comme un des dangers politiques majeurs, les Fake News créent le buzz dernièrement. Pourtant, la désinformation n’est pas une affaire nouvelle. Alors pourquoi maintenant?

Crédits: Gordon Johnson from Pixabay

Fake News! En voici un terme qui fait couler de l’encre. La Commission d’enrichissement de la langue française lui a même trouvé son néologisme francophone: infox. Un joli mot-valise qui peine encore à s’enraciner dans le langage courant.

Mais pourquoi le brandissons-nous soudainement, si brusquement, si facilement ce terme, ce «Fake News»? Il nous parait si moderne, et pourtant la désinformation (ou propagande) est un outil vieux comme le monde.

Déjà en 1999 dans la Petite Histoire de la Désinformation, l’écrivain Vladimir Volkoff énumérait de nombreux exemples historiques où des informations trompeuses construites de toutes pièces étaient utilisées à des fins diverses. Le cheval de Troie n’était-il pas basé sur une subtile duperie? Le débarquement de Normandie aurait-il été un succès sans l’immense désinformation mise en place par les Alliés avec l’opération Fortitude? Les Fakes News n’ont pas attendu le Web pour impacter le monde. Qui a-t-il donc de si différent, aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, pour déchainer une telle frénésie?

Les cinq grandes périodes de la diffusion de l’information

La réponse tient à l’histoire même de la diffusion de l’information. Dans son essai Fake News, Jean-Antoine Duprat liste les cinq grandes périodes de la diffusion de l’information. La première est celle de la transmission orale limitée à la vitesse des messagers. La deuxième commence lors de l’invention de l’écriture en Mésopotamie 3 500 ans av. J.-C. Les Chinois iront même jusqu’à développer, au VIIème siècle, les prémices de l’impression avec la xylographie, ou impression au bloc de bois.

Mais là encore, les informations sont figées sur des supports physiques sans pour autant que la rapidité de diffusion de ces dernières ne soit modifiée. Elles sont toujours limitées par la vélocité de leur messager, au mieux des coursiers à chevaux ou en bateaux.

C’est dans les années 1450, grâce au soutien financier de Johann Fust, qu’un certain Johannes Gensfleisch, plus connu sous le nom de Gutenberg, améliore drastiquement la xylographie en faisant usage de caractères mobiles en métal. La typographie moderne et la presse à imprimer voient donc le jour. L’information se multiplie rapidement et se diffuse massivement.

La quatrième période est celle de l’information transmise instantanément suite à l’invention des réseaux télégraphiques et, plus tard, de la transmission sans fil par voie hertzienne. La communication est désormais bien plus rapide et se propage en ligne direct entre Londres et Washington d’un coup de téléphone.

La cinquième période de la diffusion de l’information dans laquelle nous vivons est celle de l’informatique, de la fibre optique, d’Internet et des réseaux sociaux. Ces technologies vont permettre à l’information de se propager instantanément et de faire fi de toutes les distances physiques. Une photo prise à Tokyo à 10 heures 1 minute et 10 secondes peut se retrouver sur le fil d’actualité d’un Genevois à 10 heures 1 minute et 11 secondes avant de finir dans la story d’un Argentin à 10 heures 1 minute et 12 secondes.

Couplée à la caisse de résonance surpuissante que sont les réseaux sociaux, l’information, vraie ou fausse, fondée ou non, subjective ou objective se propage désormais mondialement.

Internet, moyen d’information par excellence pour les nouvelles générations

L’utilisation des médias sociaux varie d’une génération à une autre comme le confirme l’étude annuelle d’Harris interactive. Le taux d’utilisation des réseaux sociaux, en ce qui concerne l’accès à l’information, augmente à chaque nouvelle génération, au détriment d’autres médias. En ce qui concerne le marché français, les internautes de la génération Z s’informent à 28% sur les réseaux sociaux, contre seulement 2% pour les baby-boomers, et 5% pour la Génération X. Internet est utilisé à 29% comme moyen d’accès à l’information par les plus jeunes contre 9% pour la presse traditionnelle et seulement 2% pour la radio.

Pour un membre de la génération Z, Internet et les réseaux sociaux fournissent près des deux tiers de l’information qu’il aura. Le fil d’actualité d’un réseau social et le navigateur du smartphone d’un jeune de 20 ans lui fournissent donc deux fois plus d’information sur l’actualité qu’un écran de télévision, et six fois plus qu’un journal.

L’impact d’une Fake News prend ainsi ici toute son ampleur. Les algorithmes des réseaux sociaux identifient et partagent massivement les contenus qui ont une propension à créer des interactions multiples, à générer du buzz, du clic : l’ironie amère des fans de Game of Thrones lors de l’apparition d’un gobelet de café dans l’un des derniers épisodes de la série, des vidéos de célébrités acceptant de relever le dernier défi numérique en date : le Bottle cap challenge ou encore un tweet raciste d’une ancienne ministre française.

La désinformation n’est donc pas une affaire nouvelle. Mais la rapidité de transmission de l’information l’est. Sa propension à se propager massivement sur Internet et au travers des réseaux sociaux l’est encore plus. Tout comme l’impact grandissant que ces deux canaux ont sur chaque nouvelle génération d’internautes. Les coursiers à chevaux de l’antiquité ont étés remplacés par des algorithmes.

Vers une philosophie des nouvelles technologies

Nous avons donc déjà le début d’une réponse concernant la popularité soudaine des Fakes News. Mais d’ailleurs, comment définit-on une Fake News? Quels sont les critères? Comment distinguer une opinion d’une information, la satire d’une actualité? Par opposition nous pourrions même nous demander comment définit-on une Real News? Comment affirmer que telle information est vraie?

Un étudiant en journalisme répliquerait en répondant qu’une information vraie est construite sur une multitude de sources qui ont été recueillies directement, regroupées et vérifiées. Ceci afin de créer un faisceau de suppositions suffisamment étayées pour en déduire un fait rationnel et objectif qu’il est ensuite possible de commenter et de traiter sous différents angles. Mais est-ce là la définition d’une information vraie, de la vérité, ou plutôt d’une information factuelle, d’un fait?

Si l’on veut s’essayer à bretter sur la définition de la vérité, il nous faut changer de fer et passer du journalisme à la philosophie traditionnelle. Mais si l’on cherche à analyser et conceptualiser l’impact sociétal des nouvelles technologies, c’est de sociologie dont on parle. Enfin, si l’on veut comprendre le fonctionnement de ces dernières technologies, il nous faut s’escrimer sur le terrain de la science, de la technique, de l’informatique, de la Blockchain et des algorithmes.

Philosophie, sociologie, journalisme et science. Voici donc les quatre piliers de ce que l’on pourrait appeler la Philosophie des Nouvelles Technologies. Dans mon prochain article, nous irons chercher les causes sociologiques qui ont permis l’avènement des Fake News.